Sous la direction de Timothée Duverger, 59 p, éd. Le bord de l’eau, janvier 2026
Le livre

La commune est toujours plébiscitée par les français. C’est un maillon essentiel du lien social, l’échelon de proximité. Le lieu où se construisent les solutions pour répondre aux besoins du quotidien.
Mais la commune est aujourd’hui menacée. Les fractures territoriales, les tensions budgétaires ou la crise des vocations remettent en cause sa capacité à produire du vivre ensemble. Est-on condamné à voir la décentralisation s’effriter ou peut-on réinventer la commune pour qu’elle soit à l’avant-garde des transitions écologiques et solidaires ?
Cet ouvrage fait le pari qu’une autre commune est possible.
Notre lecture
L’ouvrage débute par un avant-propos vivifiant signé par Timothée Duverger, qui a dirigé la rédaction de cet ouvrage collectif. Son introduction s’intitule « Pour une ville coopérative ». Il bâtit un croisement entre l’approche territoriale et celle déployée au sein des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) dont il est spécialiste. Pour lui, l’enjeu réside dans le passage à un management public coopératif, que les anglophones nomment the collaborative gouvernance.
Cela indique pour les communes, qui souhaitent s’aventurer sur cette ligne, d’une part de s’affranchir des règles du marché et, de l’autre, de l’administration centralisée d’un État devenu ingouvernable. Il s’appuie sur le mouvement community wealth building, en français « création de richesse communautaire » (1) un modèle de développement économique qui transforme les économies locales en donnant aux communautés la propriété et le contrôle directs de leurs actifs. Plusieurs villes dans le monde tentent de travailler ce modèle, comme Cleveland ou Preston aux États-Unis ou des villes du pays basque espagnol. Il repose sur cinq piliers : une coalition d’institutions publiques pour rediriger localement la dépense publique ; la stimulation de la capacité d’initiative et l’émergence d’une économie locale, plurielle et démocratique (entreprises sociales, coopératives…) ; la redirection locale de l’investissement des banques et des fonds d’investissement ; des conditions d’emploi et de salaire décents ; l’usage du foncier et de la propriété au service des habitants, des communautés et des entreprises locales (2). Cette approche permet de repenser le territoire quasiment comme un bien commun et de redéfinir les contours de la participation citoyenne, comme nous poussent à le faire déjà depuis quelques années Guillaume Gourgues et Alice Mazeaud. Mais il va même au-delà, dans une transformation collaborative du territoire, finalement peu investie par les chercheurs sur la participation citoyenne.
Ce petit livre propose des pistes qui mériteraient d’être croisées pour produire une pensée systémique. C’est donc à chacune et chacun, en entremêlant les lignes, en croisant les apports des différentes contributions, de se construire cette fameuse ville coopérative, pour aller plus loin dans la création de communs territoriaux collaboratifs ou démocratiques.
Les auteurs
Cet ouvrage a été dirigé par Timothée Duverger, codirecteur de l’Observatoire de l’expérimentation et de l’innovation sociale de la fondation Jean-Jaurès. Responsable de la chaire TerrESS à Sciences po Bordeaux, il est aussi chercheur au centre Emile Durkheim.
Les autres contributeurs et contributrices sont Géraldine Chavrier, Cynthia Ghorra-Gobin, Guillaume Gourgues, Alice Mazeaud, Jean-Guy Talamoni et Achille Warmant.
Note rédigée par Sylvie Barnezet
Février 2026
(1) Porté notamment par l’association The democracy collaborative.
(2) Joe Guinan et Martin O’neill, The case for community wealth building, Cambridge /Medford, Polity Press, 2020.


