Manifeste pour un autre idéal politique
Geoffroy de Lagasnerie, 200 p, 2026, Flammarion Nouvel Avenir

Le livre
Dans cet ouvrage, Geoffroy de Lagasnerie offre une analyse décalée des dysfonctionnements de la démocratie en tant que système de gouvernement. Il propose ensuite, comme le sous-titre de l’ouvrage l’annonce, un manifeste qui trace une nouvelle voie entre démocratie et autoritarisme, au service d’un projet politique assumé de justice sociale et d’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique. Un ouvrage à la croisée de l’histoire des idées, de la sociologie et du droit.
S’il n’est pas tendre avec la démocratie, la qualifiant tour à tour d’hypocrite, d’égoïste, de sadique même ; ses lectures, ses déconstructions proposent un écho renouvelé et original aux critiques bien connues de la démocratie, en prenant la précaution de mentionner un refus ferme des régimes autoritaires. Il ancre sa réflexion dans un horizon politique progressiste.
L’auteur étire dans cet ouvrage quatre idées, alimentant tout à la fois son diagnostic (à charge) de la démocratie et son manifeste pour un système de gouvernementalité renouvelé.
La première partie de l’ouvrage se concentre sur une mise en accusation sévère du système démocratique que nous connaissons. Il y déconstruit des évidences fondamentales de notre démocratie : opinion, vote, parlementarisme, partis politiques. Il décrit ainsi ce que la démocratie porte en elle de promesses contradictoires, « l’âme noire » auquel le titre fait référence. Ici, point de déception face à l’abstention, à la défiance face aux institutions, aux médias, souvent mobilisés comme des critères d’une démocratie qui va mal car ils deviennent, dans l’analyse de Lagasnerie, des produits même de la démocratie, du fait majoritaire, du pouvoir que l’on s’accorde sur les autres, de la domination qu’on cherche ainsi à exercer.
Il dénonce ensuite le fait que, en tant que citoyens, nous sommes plus intéressés par la conservation des processus démocratiques, qui font la légitimité d’une décision, que par leurs effets. Il qualifie même le vote d’hasardeux, s’appuyant sur une critique classique de l’opinion publique. Lagasnerie appelle alors un sursaut politique « vitaliste », pour un système politique qui légitimerait les décisions en ce qu’elles ne blessent pas l’autre (au sens large).
Pour asseoir son propos, l’auteur assume de penser que toutes les opinions ne se valent pas et promeut un rapport renouvelé à la citoyenneté (par exemple avec l’idée d’un droit à agir politiquement qui fonctionnerait comme un permis à point) basé sur l’idée d’une reconnaissance des opinions seulement quand elles ont été augmentées par la science et la délibération.
Ainsi, la convention citoyenne passe sous les fourches caudines de sa critique implacable de notre système démocratique.
Dans la dernière partie, Lagasnerie affirme que nous faisons société de façon hasardeuse, du fait du hasard de notre naissance sur un territoire donné, dans un temps donné. Alors qu’il faudrait envisager la parole des absents, du vivant non humain, des non encore là, il aborde quelques exemples actuels qui invitent à envisager une société de communautés choisies, régies par des règles propres et qui leurs correspondent, aspirant à un « séparatisme social ».
Notre lecture
Si le titre de cet ouvrage peu sembler un peu cryptique, ou provocant au premier abord, la lecture de l’ouvrage laisse voir une analyse originale quoique largement discutable de la démocratie, et a pour effet majeur d’ouvrir les imaginaires sur autre chose que la démocratie…
Du point de vue d’une praticienne de la participation citoyenne, cet ouvrage alimente de façon renouvelée nos réflexions en matière de rapport aux sciences, d’égalité des expressions (que nous sacralisons souvent), de rapport aux processus de décision, à la délibération.
Globalement la lecture de L’âme noire de la démocratie nous invite à nous (re)poser la question des impacts de ce que nous portons comme dispositifs démocratiques plutôt que seulement celle de la qualité procédurale de ces mêmes dispositifs.
L’auteur
Geoffroy de Lagasnerie est professeur des écoles supérieures d’art, sociologue et philosophe. Ses travaux portent notamment sur la philosophie politique, la théorie critique, la sociologie du droit et la sociologie des intellectuels. Ses publications sont des essais qui rendent compte de manière abordable de ses travaux. Il assume parler de manière située politiquement.
Note rédigée par Julie Maurel
Juin 2026
En savoir plus
Podcast avec D. Rousseau – https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-le-debat/peut-on-critiquer-la-democratie-1969314
Vidéo YT Librairie Mollat ITW de GDL par Nicolas Patin – https://youtu.be/0G-0QQrGwOs?si=_MIN-wzBEM0GPbiF

